Vaclav Smil est un chercheur interdisciplinaire canadien d’origine tchèque. Ses recherches portent sur l’énergie, les changements environnementaux et démographiques, la production alimentaire, l’innovation technologique et les politiques publiques. Le Professeur Smil est l’auteur de 35 livres et plus de 400 articles sur ces sujets, et s’est exprimé dans près de 400 conférences dans le monde entier. En 2010, il était cité par la prestigieuse revue Foreign Policy comme l’un des 100 penseurs les plus influents, et Bill Gates le considère comme son auteur favori.

Son dernier ouvrage, Densité énergétique – Une Clé pour comprendre les sources et usages d’énergie, vient de paraître en mai 2015 aux éditions The MIT Press.

Pourquoi considérez-vous la densité énergétique comme cruciale pour comprendre les problématiques énergétiques ?

Avant la première révolution industrielle, l’économie reposait sur deux variables : la terre et le travail. Avec les révolutions technologiques, l’énergie, principalement fossile, a fait son entrée. Soudainement, la terre perdait de son importance : avec quelques puits de pétrole situé en Arabie Saoudite, et donc aucune place perdue en Europe, on a pu faire fonctionner toute une économie.

Aujourd’hui, si l’on veut transiter vers des sources d’énergies propres, par exemple les biocarburants, on obtiendra moins d’énergie par mètre carré, et il faudra donc allouer davantage d’espace pour le même volume énergétique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les éoliennes anglaises ont une densité énergétique d’1 Watts/m², les fermes solaires allemandes 5 Watts/m², les biocarburants 0,5 Watts/m². En comparaison, une centrale électrique conventionnelle a une densité énergétique de 1 000 Watts/m².

Tout comme pour la nourriture aujourd’hui, il faudra allouer d’immenses espaces en dehors des villes pour produire la quantité d’énergie dont nous avons besoin dans les zones urbaines.

Le changement est possible, mais ne se fera pas du jour au lendemain.