Sophie Caillat est une journaliste spécialiste des questions environnementales et travaille pour Rue89.com. Elle anime la rubrique Planète. Elle se considère aussi comme une citoyenne engagée, une consom’actrice qui ne traite pas simplement l’actualité de l’environnement et du développement durable, mais tient bel et bien une réflexion sur ses propres pratiques.

Comment définissez-vous la révolution énergétique?

J’aime le terme de révolutions. C’est une belle référence à l’approche de Jeremy Rifkin, père du vocable « 3ème révolution industrielle ».
Les révolutions énergétiques nous permettent de faire la transition vers une situation où nous seront nous-mêmes producteurs d’énergie pour ne plus dépendre du système, se libérer des monopoles.

Je crois qu’aujourd’hui les gens se posent des questions à travers le prix, qui est un signal très fort, le débat sur les centrales nucléaires, la rénovation thermique des bâtiments… Mais ce sont encore des questions éloignées du quotidien.

La vraie révolution sera celle de la responsabilité, de la prise de conscience. Nous consommons de plus en plus sans même nous en rendre compte. Nous n’y pensons pas, n’y réfléchissons pas.

Comment prend-on conscience de cette révolution, individuellement et collectivement?

Je ne suis pas très optimiste. A ce stade, la différence est encore très marquée entre « ce qu’on fait » et « ce qu’on doit faire ».

Ce qui devrait permettre la prise de conscience du plus grand nombre, ce serait sans doute la manière forte : un blackout généralisé par exemple. Avec ce type de catastrophe à grande échelle, les citoyens comprennent la privation, et de là, le besoin de faire les choix pour éviter que cela se reproduise. Il s’agit bien sûr d’un scénario « à la dure », à l’opposé du débat sur la transition, qui lui n’est peut-être pas suffisamment impliquant.

Au fond, nous avons besoin de nous poser des questions sur ce qui nous vient naturellement. Aujourd’hui les ressources sont encore disponibles (même si elles se raréfient). Comment réagir lorsque l’on va à la pompe à essence et qu’on ne peut y faire son plein ? Comment vivre lorsque l’énergie n’est pas aussi facile d’accès qu’elle l’est aujourd’hui ?

Pour la prise de conscience du plus grand nombre, je crois que le débat a besoin d’être plus ‘sexy’ ! Kilowattheure (kWh) ou kilojoule (kJ) ne sont pas des termes qui parlent à tous. Une majorité ignore ce qu’ils représentent. Il serait sans doute plus simple, plus intelligible de proposer des correspondances à des actions concrètes à valoriser. Par exemple, un appareil éteint la nuit tend à faire économiser x% soit une réduction de x€ sur la facture.
Et au-delà de cet aspect financier, la non-consommation d’une énergie qui pourrait servir à d’autres sur un réseau global pourrait être une motivation. En réalisant que nos économies d’énergie rendent possible la mise à disposition de davantage de ressources via le grid, on prend conscience qu’il s’agit d’un Win-Win.

Et l’initiative peut sûrement être prise à une échelle plus locale qu’on ne pense. La France a de forts enjeux, vis-à-vis du nucléaire par exemple, qui nous donne accès à une énergie relativement bon marché. L’Europe aussi, doit faire face à des enjeux (comme le paquet climat-énergie qui a pour objectif de permettre la réalisation du « 3×20 » visant à faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20 % ; réduire les émissions de CO2 des pays de l’Union de 20 % ; accroître l’efficacité énergétique de 20 % d’ici à 2020).
Faire naître des démarches au niveau de la région ou même de la ville semble être une solution. Et même à l’échelle du quartier, on peut assister à des comportements incitatifs : voir sa consommation énergétique comparée à celle de son voisin ou à la moyenne des foyers avoisinant est tout à fait pédagogique.

Quelles sont les prochaines étapes du changement?

Nous devons désormais vraiment savoir ce qu’on veut faire et accomplir en France, savoir quel chemin nous souhaitons emprunter. Il n’est plus possible de remettre à plus tard. Il faut prendre dès aujourd’hui les décisions qui impacteront le futur.
En France, nous sommes en retard. Notre spécialisation dans le nucléaire est un frein naturel à la recherche de modèles alternatifs. La prise de conscience du besoin va permettre de donner la priorité à la mise en place des grands axes de politique énergétique, nécessaires au changement.

La prise de conscience est motrice, chacun doit jouer son rôle.