Serge Le Men est ingénieur électronique de formation et commence sa carrière dans le développement informatique. Il s’intéresse rapidement à l’automatisme, à la croisée des deux et s’aperçoit bien vite du besoin des équipements qui font de l’automatisme à communiquer entre eux. Il est à la tête de Newron System qu’il a cofondé il y a plus de 20 ans et préside Smart Building Alliance (for Smart Cities) depuis près de 3 ans.

Smart Building, éco quartier : que peut-on attendre du bâtiment dans les années à venir ?

Il y aura de moins en moins de béton et de plus en plus de silicium ! Le nombre de capteurs va croître énormément. En d’autres termes, en plus d’être de plus en plus smart, le bâtiment sera également hyper sensible. Et c’est vraiment essentiel, puisqu’il va devoir travailler tout seul, connecté au grid.

Le grand fantasme, c’est de considérer qu’en cas de besoin le grid saura éteindre une lampe. Personnellement je préfère penser que ce sera au bâtiment de proposer des solutions lorsque le réseau lui indiquera qu’il faut délester. Cela signifie que le bâtiment sera une sorte de micro grid en soi, très autonome. Il pourra décider seul s’il doit produire de l’énergie, la stocker etc. en fonction des indications de l’hyperviseur.

Le bâtiment de demain sera une entité à part entière.

Quel rôle jouera l’efficacité énergétique dans cette transition ?

Le rôle de l’efficacité énergétique est et restera prépondérant. On ne peut pas uniquement miser sur l’équipement technique. Le gros oeuvre (l’isolation, le vitrage etc.) est absolument primordial. Grâce à lui et au second oeuvre technique, on sait aujourd’hui obtenir une efficience énergétique remarquable. Mais 90% des bâtiments tertiaires ne sont pas encore équipés. Ceux-là ont besoin d’actionneurs simples. Les études montrent que les premières actions permettent de réaliser rapidement 10 à 15% d’économies. C’est le cas, par exemple, lorsqu’on installe une plage horaire dans les bureaux afin de réguler la lumière, les systèmes de chauffage et de climatisation. L’impact est loin d’être négligeable.

Toutefois, il est important de réaliser que la technique ne fera pas tout. L’efficacité énergétique, d’un point de vue automatisme, souffrira d’énormes lacunes tant que les occupants ne comprendront pas son fonctionnement et son utilité. A juste titre, nous acceptons difficilement que le système prenne des décisions pour nous. Tout est une question de perception. Si la démarche est explicite (impact financier, écologique ou sur le confort), elle sera comprise et acceptée.

Quelles évolutions seront apportées par les Smart Grids ?

Dans cette grande interconnexion, le schéma est le même. On attendra le service. Pour répondre à de larges problématiques décisionnelles, de nouveaux métiers vont émerger, ceux des bureaux d’études smart grids. Puisque dans le monde du smart city, des éco quartiers, les décisions doivent venir de l’intérieur, il faudra que quelqu’un puisse conseiller le représentant de la collectivité afin qu’il sache se poser les bonnes questions pour orienter ses réflexions.

Quelle conception de l’éco quartier ? De la smart city ? Quelle ambition pour le réseau ? Quelle dimension, quels services pour la collectivité ? Autant de questions qui devront trouver réponse à la suite de l’audit énergétique.

Comme je le disais, c’est une révolution qui vient de l’intérieur.

Peut-on parler de Révolutions Energétiques ?

Oui, c’est une révolution énergétique, qui fait suite aux révolutions industrielles. C’est même une révolution mondiale qu’on ne peut pas se permettre de rater.

Aux Etats-Unis, il y a 5 ou 6 fournisseurs importants qui se font une guerre à la part de marché et la distribution est clairement perfectible. Du coup, ils ont pris beaucoup d’avance par nécessité, par appréhension du blackout.
En France, à l’inverse, nous sommes extrêmement bien lotis. Avec un très bon réseau, un très bon producteur et des prix compétitifs, nous sommes des privilégiés de l’énergie. Et c’est parce que nous sommes dans une situation si favorable que nous avons d’ores et déjà pris du retard.

Pourtant, nous n’avons pas besoin d’attendre le blackout pour avancer et prendre les choses en main. Nous avons même toutes les cartes pour être leader dans le domaine. L’Europe, la France en particulier, pourrait sortir de cette révolution en excellente position.

Allons-nous savoir attraper la balle au bond ou allons-nous attendre d’être mis en difficulté pour réagir ?