Olivier Appert est Président d’IFP Energies Nouvelles, établissement public de recherche appliquée et de formation au service d’enjeux sociétaux majeurs : l’énergie, le transport et l’environnement. Depuis une dizaine d’années, l’organisme diversifie ses activités dans le domaine des nouvelles technologies de l’énergie.

Quels sont pour vous les points-clés de la transition énergétique ?

Le secteur de l’énergie est confronté à trois défis bien connus qui vont continuer à le marquer pendant des décennies :

  • La croissance de la demande tirée par les pays émergents,
  • Le réchauffement climatique, puisque de l’ordre des 2/3 des émissions de gaz à effet de serre proviennent soit de la production, la transformation ou l’utilisation de l’énergie. On ne peut plus parler d’énergie sans parler d’environnement et vice-versa,
  • Une part importante de l’approvisionnement énergétique mondial provient des énergies fossiles.

Autre point important à prendre en compte : l’inertie du secteur énergétique. Ainsi, la durée de vie moyenne du parc immobilier est d’environ 100 ans. Le taux de renouvellement annuel est de 1 à 2% seulement. De même, les centrales électriques sont construites pour 50 ans. Donc le temps de l’énergie est le temps long, et le mix énergétique évolue lentement. C’est ce que montrent les projections faites par l’Agence Internationale de l’Energie ; dans un scénario moyen, en 2035 la part des énergies fossiles dans le mix énergétique mondial devrait toujours être de 76%, à comparer avec un chiffre de 81% en 1990. Ces éléments illustrent parfaitement les défis de la transition énergétique.

Au-delà de la transition énergétique, peut-on parler de révolutions énergétiques ?

Les fondamentaux du secteur énergétique restent toujours en place, mais ces dernières années, le système énergétique a été confronté à des révolutions majeures qui changent le paradigme de l’énergie. Ce sont d’une part les révolutions d’ordre géopolitique ; les révolutions arabes ou plus près de nous le conflit entre la Russie et l’Ukraine font poser des questions en matière de sécurité d’approvisionnement en pétrole et en gaz.
C’est d’autre part la révolution technique et économique des hydrocarbures non conventionnels. Le développement rapide des gaz et pétroles de schistes aux Etats-Unis bouleverse le paysage énergétique et économique mondial. Ainsi, demain, l’Amérique du Nord va devenir indépendante pour ses approvisionnements en pétrole et en gaz. Les Etats-Unis sont devenus les premiers producteurs de produits pétroliers liquides devant la Russie et l’Arabie Saoudite. Cette révolution a des conséquences énergétiques, économiques, industrielles, environnementales et géopolitiques aux Etats-Unis mais aussi dans l’ensemble du monde.

Quel sera pour vous le mix énergétique français et mondial en 2050 ?

Il y a un consensus aussi bien en France, qu’en Europe et dans le monde, sur le fait qu’il y aura plus d’énergies renouvelables et une efficacité énergétique accrue. Je considère que, plus que le mix entre les diverses sources d’énergie, ce sont les efforts dans le domaine de l’efficacité énergétique qui sont prioritaires.
Aussi bien dans le secteur des transports que dans le bâtiment, l’efficacité énergétique joue un rôle majeur. Dans les scénarios de l’AIE, si l’on veut respecter le facteur 2 de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, il est nécessaire de réaliser des efforts tout à fait considérables en matière d’économies d’énergies. L’efficacité énergétique contribue à combler pour environ 40% le fossé entre le scénario « business as usual » à horizon 2050 et le scénario vertueux.
On peut dessiner des mix énergétiques pour 2050. Mais il importe de s’assurer du réalisme du cheminement sur les décennies à venir. Il y a le principe de plaisir, mais il y a aussi le principe de réalité : quels impacts sur les investissements, sur la balance commerciale, sur les prix au consommateur particulier ou industrie, sur les comptes publics, etc. Le juge de paix sera la faisabilité économique car on ne peut plus dépenser sans compter.

Quels seront les avantages et les inconvénients des nouveaux moyens de distribution (smart grid, autoproduction…) ?

Il y aura un rôle croissant des consommateurs, qui deviennent des « consom’acteurs ». Ce n’est pas qu’un terme de communicant, c’est une réalité : grâce au développement des technologies, le consommateur va pouvoir être un acteur de son système énergétique, aussi bien au niveau de la production que de la consommation. C’est dans ce sens que le développement des smart grids, des possibilités d’effacement, l’utilisation massive des TICS dans les domaines du transport que de l’électricité et du chauffage, vont changer la donne dans les années à venir.
Le déploiement de ces technologies doit prendre en compte une urbanisation croissante dans tous les pays du monde. De plus en plus de personnes habitent dans les villes, c’est vrai aussi bien pour les pays industrialisés que pour les pays émergents et en développement. Cela amène à réfléchir à la conception des villes aussi bien au niveau de l’urbanisme que des transports. Il est clair que les décisions prises aujourd’hui ont un impact majeur sur la consommation d’énergie de demain.