Ingénieur énergie, Marion Lettry est déléguée générale adjointe au Syndicat des Energies Renouvelables. Elle y est responsable des énergies éolienne, hydroélectrique et marines. Elle travaille dans le milieu des énergies renouvelables depuis plus de 10 ans.

Que peut-on attendre des énergies marine et éolienne à l’avenir ?

C’est une filière particulièrement porteuse. Par chance, nous bénéficions en France d’un très grand potentiel, grâce à notre positionnement géographique. Avec ses trois façades maritimes et ses territoires d’outre-mer, la France profite d’une des configurations les plus propices d’Europe en matière d’hydrolien, d’éolien marin et d’énergie houlomotrice. Mais si les perspectives sont très réjouissantes, pour la plupart ces énergies en sont encore à un stade de développement. Elles ne sont pas encore suffisamment matures, sauf l’éolien offshore posé, qui est lui un peu plus avancé.

Néanmoins, avec des projets se développant un peu partout dans le monde, ces énergies sont très prometteuses. Les états d’avancement sont différents, mais l’ambition et l’ampleur des projets sont enthousiasmantes. Depuis trois ans environ, plusieurs pays se sont positionnés sur les énergies marines. Les « fermes » pilotes se multiplient. La prochaine étape majeure sera donc la plus large commercialisation. Mais d’ici là, nombre de questions encore à l’étude devront trouver réponse.
Pour ce faire, un fort soutien public est essentiel pour accompagner les industriels.

Quelle évolution sera apportée par leur connexion aux smart grids ?

Ces technologies sont encore trop peu maîtrisées pour envisager la connexion aux smart grids, mais c’est une piste qui ne manque pas d’intérêt ! Il faudra bien sûr savoir comment gérer le stockage, mais il y aurait de grands avantages. Par exemple, l’hydrolien permet de prévoir avec un grand degré de précision le niveau de production, ce qui est essentiel pour bien s’intégrer au réseau actuel.
Mais comme je le disais, ces technologies ne sont pas encore matures et je crois que ce seront les smart grids qui viendront les accompagner plutôt que l’inverse. Des réseaux plus performants au service d’énergies renouvelables plus propres.

Peut-on parler de Révolutions Énergétiques ?

D’une certaine manière oui. Les énergies marines et éoliennes vont clairement avoir un rôle à jouer dans la transition énergétique. Elles n’en sont pas au stade d’avancement du photovoltaïque, mais les changements à venir vont participer au remodelage du paysage énergétique.
C’est l’idée même de la transition : une série de solutions apportées pour diversifier le mix énergétique.
L’éolien offshore et l’hydrolien vont permettre de produire de grandes quantités d’énergie (400 à 500 MWh). Loin de la petite installation isolée, ces parcs nous offriront la possibilité de produire en masse, ce qui fait leur intérêt.

Pour y arriver, nous allons faire face à de grands enjeux économiques et de compétitivité. L’éolien offshore posé par exemple, coûte aujourd’hui environ 200 euros /MW. L’objectif est d’atteindre un coût, de 120 ou 130 € d’ici 2020. C’est un but ambitieux que s’est fixé le Royaume-Uni. A ce stade, nous n’y voyons encore pas très clair, mais nous savons qu’avec des optimisations de l’existant, des innovations et bien sûr des retours d’expérience, c’est tout à fait possible. Nous n’en sommes qu’au tout début de la courbe d’apprentissage. Et les énergies marines suivront, avec quelques années de décalage.

Jeremy Rifkin et Joël de Rosnay (entre autres) théorisent au sujet de l’internet de l’énergie, d’une approche décentralisée. Qu’en pensez-vous ? Quels en sont les atouts principaux ?

C’est une vision des choses qui viendra certainement en appui des énergies renouvelables. Il s’agit là encore d’un avenir assez lointain pour certaines d’entre elles. Mais à la vitesse où les choses avancent, il se peut que nous soyons surpris. Et puis, c’est une approche intéressante, différente de ce qu’on a l’habitude de voir.
La production décentralisée est très liée aux énergies renouvelables, décentralisées par nature (même si le volume de production de l’éolien offshore par exemple, pousse certains à parler de centrale plutôt que de parc éolien).

Cela aura aussi pour grand avantage de pousser chacun à se poser la question de la production et de la consommation. Revoir la donne pour trouver un comportement énergétique plus juste.
Au-delà de cela, nous pourrons également mieux adapter le mix énergétique. Ce qui est vraiment intéressant, c’est la complémentarité : on aura besoin de toutes, de l’ultra-local aux grandes fermes de production. La part des énergies renouvelables, qui est encore très (trop) faible, va nécessairement croître. Nous somme d’ailleurs en retard sur nos objectifs 2020 (23% d’ENR). Pour y remédier, il nous faudra apprendre à accélérer les procédures, trop complexes et trop longues. En matière d’éolien par exemple, un cycle est de l’ordre de 6 à 8 ans, bien plus long que partout en Europe. Simplifier permettrait de redynamiser. Et la fiscalité appliquée à ces énergies jouera aussi un rôle essentiel ; tout comme un raccordement plus facile au réseau…
Pour atteindre ces mondes rêvés par Joël de Rosnay ou Jeremy Rifkin, il faut s’assurer de construire des bases solides aujourd’hui, autour de solutions énergétique.