Dans les rallyes électriques, seules les voitures électriques peuvent concourir. En 2056, le Paris-Bucarest est devenu la compétition la plus populaire du secteur automobile. Et pour cause : la course est intrinsèquement écologique. Pour recharger leur bolide, les pilotes doivent uniquement utiliser le surplus d’électricité qu’eux-mêmes ou leurs sponsors ont produit durant l’année. Mais parfois, cela ne suffit pas… et il faut faire preuve d’ingéniosité. Léna, la tenante du titre, et son copilote Timéo, sont dans la dernière ligne droite mais le compteur approche dangereusement le zéro wattheure… Le moteur de la Fluence Oméga, silencieux, les propulse à plus de 120 km/h dans les sentiers tortueux qui mènent à Bucarest. Seuls à retentir dans la nuit : le crissement des pneus et les éclaboussures au gré des dérapages. Le son étouffé de la Fluence fuse puis s‘évanouit dans l’obscurité. Léna a réussi à se maintenir en tête jusque-là, et la ligne d’arrivée n’est plus qu’à quelques kilomètres. Mais le niveau de carburant joue avec ses nerfs, la Fluence est à court et leur crédit énergétique est épuisé. Timéo, sur le point de craquer, blêmit. « 20° ça aurait été largement suffisant… Pourquoi j’ai gardé la maison à 21° cet hiver ? ». Un degré fait une telle différence en fin de compte. Mais c’est trop tard pour les regrets, Timéo. La dernière borne de recharge est en vue, il faut une solution ou c’en est fini de la course. D’instinct, entre deux coups de volant, Léna se connecte à l’EnerNet à l’aide de sa 3D SmartWatch. « Mais qu’est-ce que tu fais ? – Je vérifie quelque chose. – On est à court d’électricité, tu ne vois pas ?! – Timéo, tu parles à une prosumer de compétition. Maîtriser l’énergie, c’est mon métier. »

Moteur surprise

Coup d’œil dans le rétroviseur : les concurrents ne sont pas loin derrière. Eux aussi semblent souffrir, mais ils ont sûrement assez d’énergie pour aller jusqu’au bout. Arrivée à la borne, Léna fait une embardée qui s’achève par un coup de frein brutal, consommant les derniers Wh du réservoir. Pas le choix, il faut s’arrêter, quitte à se faire doubler. Un technicien les connecte à la prise de courant, mais le compteur reste désespérément à zéro… Péniblement, la Tesla qui les talonnait finit par les doubler. Timéo désespère : « C’est perdu… – Non. Regarde. » Sans crier gare, une équipe de techniciens aux couleurs de leurs sponsors ouvrent le capot et commencent à dévisser le moteur. « Mais ! » s’exclame Timéo, médusé, avant que Léna, d’un clin d’oeil narquois, ne lui fasse signe de se détendre. Alors que les techniciens retirent le moteur électrique, deux de leurs collègues sortis de nulle part en installent un nouveau. Mais celui-ci est différent… Timéo remarque les disques alignés comme sur un boulier chinois. « Des disques d’hydrogène ! » Le capot refermé, Léna redémarre sur des chapeaux de roue, le tableau de bord indiquant un montant énergétique indécent. Quelques minutes plus tard, la Fluence Oméga nouvellement équipée montre sa supériorité et coiffe la Tesla au poteau. C’est la victoire ! Sous les cris d’encouragement des spectateurs, Léna se fait la réflexion : à l’ère de la révolution énergétique, dans le sport comme ailleurs, c’est la combinaison des différentes sources d’énergie et de l’ingéniosité humaine qui permettent d’accomplir l’impossible.