Bruno Lhoste est président d’Inddigo, société de conseil et d’ingénierie en développement durable. Avec Evolution et l’agence ICOM, il a créé Eco-quartiers.fr, plateforme d’échange et lieu de ressources adressée au grand public. Bruno Lhoste est également directeur de la collection Initial(e)s DD, qui propose des traductions ouvrages sur le développement durable. Dernière sortie : Réinventer le feu, d’Amaury Lovins, réflexion singulière et volontariste sur la transition écologique américaine.

Quelle est votre vision de la révolution énergétique ?

D’abord une diminution très forte des consommations ! Je me retrouve bien dans la vision qui est ressortie du débat sur la transition énergétique en France, avec un objectif de diminution de moitié des consommations à l’horizon 2050. Bien sûr, les énergies renouvelables et l’efficacité des équipements ont aussi un rôle à jouer. Mais, sans parler de restriction, il est  indispensable d’aller vers des usages plus sobres et raisonnés dans les différentes activités humaines. Cela c’est pour les enjeux quantitatifs. Sur les enjeux qualitatifs, on doit évoluer d’une production centralisée à une production décentralisée. J’ai la conviction que multiplier les productions en réseau avec une gestion intelligente sera un élément fort du système énergétique de demain, même si la France part aujourd’hui d’un système très centralisé. Cette décentralisation, on la voit déjà dans les éco-quartiers, avec la production photovoltaïque en toiture, qui optimise l’espace au sol en réduisant les infrastructures.  Les tarifs de plus en plus compétitifs de l’énergie solaire vont permettre davantage d’autoconsommation, surtout du fait de la simultanéité entre la production solaire et la consommation dans les magasins et bureaux. Enfin, on assiste à l’émergence de réseaux intelligents de chaleur, à partir de la cogénération et des énergies renouvelables, comme par exemple l’éco-quartier de Balma en banlieue toulousaine dont le chauffage de l’eau sanitaire est alimenté par une chaufferie bois mais aussi des capteurs solaires haute température.

Quel est le rôle des éco-quartiers dans la révolution énergétique ?

Les villes représentent les ¾ de la consommation énergétique. Si on veut arriver à mettre en place cette révolution énergétique, pour reprendre votre expression, les éco-quartiers sont un lieu privilégié. Il y a deux volets importants : l’habitat et les transports. Sur le bâtiment, c’est compréhensible par tout le monde : l’évolution de la réglementation fait que les nouveaux bâtiments seront de moins en moins consommateurs jusqu’à devenir producteurs. Mais il y a le volet déplacement : un éco-quartier doit être desservi par les transports en commun et ne doit pas être éloigné des activités économiques. Cela n’a pas de sens d’avoir des bâtiments performants thermiquement si on doit prendre la voiture dès qu’on a besoin d’aller chercher une baguette ou un journal ! Pour que la mobilité contrainte diminue et entraîne des économies d’énergies importantes, il faut une mixité habitat-travail-services de proximité. L’autre enjeu, ce sont les comportements. Il ne suffit pas de proposer des équipements performants, il y a un besoin de pédagogie et de dynamique collective dans l’accompagnement au changement. On a pu observer que plus les gens sont impliqués dans la conception de leur éco-quartier, plus ils seront enclins à des changements dans leur mode de vie. Sans cela, on aura des équipements performants techniquement mais dont les résultats seront éloignés des attentes.

Quelles sont pour vous les prochaines étapes pour aller vers des quartiers plus performants et des villes plus smart ?

Il y a un gros enjeu de rénovation urbaine. Ce n’est pas gagné, car le renouvellement de l’habitat est très lent, moins d’1% par an. Et il faut aller plus loin que l’isolation des bâtiments, aussi forte soit-elle. Travailler sur la rénovation de l’existant, c’est l’occasion de se poser la question de la densification. Comment densifier tout en ayant des habitats attractifs ? Ce qui nous amène à l’enjeu qui selon moi est le plus important : l’imaginaire du logement et de l’habitat. La famille française souhaite habiter dans un pavillon avec jardin. On sait que c’est un modèle peu efficient en matière de consommation énergétique et d’occupation de sol. Il y a peut-être un autre moyen d’offrir aux gens ce qu’ils veulent tout en se dégageant de ce modèle. Mais on manque d’imagination et d’audace dans l’offre de construction et de rénovation. On sait que les gens ont besoin d’un espace extérieur, jardin ou grande terrasse. Il faut de l’espace privatif, c’est essentiel, mais des espaces de proximité, loin des voitures. On peut arriver à d’autres modèles de logement, avec des maisons associées, en bande, des collectifs à grande terrasse… Il y a des réalisations intéressantes en particulier dans l’habitat social, mais elles restent mal connues. Il y a enfin l’implication et l’accompagnement au changement. On s’est beaucoup centré sur les aspects techniques, mais il faut travailler sur l’accompagnement des habitants. De ce point de vue, les TIC peuvent permettre d’associer les gens dans les choix et fournir des retours d’information sur ce qu’il se passe dans le quartier. On pense à Beecitiz, un outil de dialogue géoréférencé entre les communes et les habitants, qui sert à faire remonter les problèmes (dégradations, problème d’aménagement…), mais aussi à informer les administrés sur l’actualité de quartier. Cela permet de garder un fil continu d’échange entre les habitants, leur quartier et la municipalité, et d’impliquer les gens dans la collectivité.