18h16. Je regarde tomber les feuilles d’automne par la fenêtre du bureau. Une icône s’ouvre sur le verre de mes lunettes à réalité augmentée : j’ai reçu une alerte consommation d’énergie. « La fenêtre de la chambre est ouverte. Voulez-vous couper le chauffage ? » Sûrement les enfants qui sont rentrés. Je cligne sur OK. Quelque part, automatiquement, le réseau électrique renvoie ce surplus d’énergie vers un autre pavillon. Une cuisine peut-être ? J’aime bien imaginer le four qui s’allume, le plateau de muffins en train de cuire… Cela donne à réfléchir. Si j’étais seul à faire ce geste, l’impact serait infime. Mais nous sommes aujourd’hui des millions à le faire chaque jour. Nous sommes en 2027, une nouvelle ère de l’énergie s’est ouverte. Les citoyens ne sont plus des consommateurs passifs, mais des acteurs engagés qui, collectivement, ont appris à maîtriser l’énergie. Nous habitons et travaillons dans des bâtiments intelligents, tous raccordés à un immense réseau électrique informatisé, le « cyber grid », capable d’adapter en temps réel la production d’électricité en fonction des besoins et disponibilités. Ces « Smart Buildings » savent détecter la présence humaine. Lorsque leurs occupants passent le seuil de la porte, ils éteignent les appareils en veille et ajustent le chauffage, sans que cela ne nuise au confort. Ces maisons et ces bureaux sont dits à « énergie positive » : grâce à leur usage optimal de l’énergie solaire, ils produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Ce surplus peut être redirigé vers un bâtiment voisin, ou même revendu sur le grand marché énergétique global. Grâce au « cyber grid », à l’échelle du continent, toutes les sources d’énergies peuvent prendre le relais les unes sur les autres. Ainsi, les rayons de soleil notamment, qui chargent les panneaux photovoltaïques de Milan alimentent virtuellement les bureaux de Bordeaux. Nous sommes en 2027, et les Révolutions Énergétiques ont déjà eu lieu.

Une démarche humaine et citoyenne

Il y a quinze ans, on laissait les lumières allumées dans les boutiques fermées, les appareils électriques en veille jour et nuit, et il arrivait que les factures d’électricité soient si élevées que l’on coupait le courant pour impayé… Je passe pour un homme préhistorique quand je raconte ça aux enfants. Eux, ont grandi pendant la grande période d’innovation qui a suivi. J’ai acheté ma première Zoé en 2013, à la naissance de Mathis, l’aîné. A l’époque je faisais encore le plein à la maison ; ça me coûtait deux euros mais je faisais tout juste l’aller-retour au bureau ! Aujourd’hui, les voitures électriques de troisième génération sont en fibre de carbone, matériau quatre fois plus solide et léger que l’acier. Le plein est toujours à deux euros mais il m’amène de Paris à Brest. Et depuis que le marché a explosé on trouve des bornes partout. Quelques années après la Zoé, ma femme et moi avons décidé de profiter de la démocratisation des projets de financement participatif écologique et solidaire pour conduire des travaux d’isolation thermique à la maison et installer des panneaux photovoltaïques sur le toit. Nous, petit foyer de banlieue, allions bientôt pouvoir revendre notre surplus d’énergie. C’est surprenant, la première fois que l’on reçoit une facture d’électricité à solde positif ! Si aujourd’hui nous vivons dans un monde où l’énergie est bon marché et largement disponible, c’est parce qu’à l’époque où les matières fossiles s’étaient déjà dangereusement raréfiées, nous avons su réagir par l’innovation et la prise de conscience citoyenne. Nous étions en 2013, et les Révolutions énergétiques étaient en marche.