Né dans l’est de la France dans un milieu proche de la nature – ses parents étaient maraîchers – Bernard Baudoin est Enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de Douai dans le domaine de l’énergie, depuis 1987. Responsable de l’enseignement et de la recherche au Département Energétique Industrielle entre 1995 à 2007, le Pr. Baudoin crée la spécialisation puis le Mastère spécialisé « Bâtiment à énergie positive » en 2008. Reconnu 3e mastère dans la spécialité « Energie et Energie renouvelable » au classement SNBG 2014 et 2015, ce mastère connaît un franc succès puisque 100% des ingénieurs diplômés entrent sur le marché du travail 6 mois après la diplomation.

Depuis cette année, Bernard Baudoin coordonne l’incubateur technologique APUI, pour assister les porteurs de projets technologiques dans la conduite de leur projet dans le domaine Énergie.

1) En tant qu’enseignant, qu’avez-vous eu à cœur de communiquer à vos étudiants ?

Chaque jour, je fais le trajet «domicile – travail » à vélo. Cela fait quatre kilomètres, le long du canal. En voyant cela, les élèves ont commencé à suivre mon exemple : il y a eu un effet boule de neige. Pour faire prendre conscience des enjeux, le meilleur moyen, c’est encore de donner l’exemple.

Dans mon approche de l’enseignement, deux aspects se distinguent :

  • L’énergétique générale. Je fais un cours en amphi sur la politique et les enjeux énergétiques en environnementaux à horizon 2050. C’est parfois surprenant, mais les jeunes sortants de classe prépa ont beaucoup de méconnaissances sur le sujet, malgré l’importante couverture médiatique. J’essaye de les sensibiliser et de les amener à un niveau minimum, pour qu’ils aient conscience de leur mission dans les 40 prochaines années. L’ingénieur de demain doit contribuer à un monde le moins énergivore possible, quel que soit son secteur d’activité.
  •  Les connaissances techniques. Les étudiants doivent connaître la physique des phénomènes et les ordres de grandeurs du domaine. Savoir poser un problème et le résoudre, si possible. Parfois la réponse est simple, mais il faut savoir si nécessaire mettre le problème en équation.

2) Quelles sont les innovations dans le bâtiment qui vous paraissent les plus prometteuses en termes d’efficacité énergétique ?

En règle générale, plutôt que d’innovations je parlerais d’améliorations sur différents points. Ces 5 à 10 dernières années sont apparus des outils de modélisation. Ces outils, qui sont déjà d’un très bon niveau, permettent à l’architecte et au concepteur d’avoir une réponse sur le comportement énergétique du bâtiment, et ce avant sa construction.

Deuxième point, la domotique moderne. Par exemple, les capteurs sans fil, qui nous fournissent facilement de nouvelles informations que l’on n’avait pas il y a 15 ans. On peut aujourd’hui mieux suivre et maîtriser sa consommation énergétique dans le bâtiment.

Enfin, les nouveaux matériaux. Le bâtiment, c’est aussi l’énergie grise. On voit de plus en plus être utilisés des matériaux comme la fibre de bois à faible émission de CO2 et d’autres . Cela permet des bâtiments moins énergivores. Le bilan énergétique du bâtiment de demain comprendra l’énergie consommée pour sa construction. De ce point de vue-là, il y a encore des progrès à faire.

3) On ne parle plus tant d’éco-quartier que de ville durable. Quelle évolution constatez-vous dans la perception médiatique et publique de l’habitat durable ?

J’ai deux exemples qui me viennent à l’esprit : on peut faire une maison très basse consommation, mais si elle est à 40 km du lieu de travail de la personne, quand on fait le bilan on voit qu’il y a une surconsommation d’énergie.

Autre exemple : on peut avoir une maison labellisée passive house, mais si elle fait 800 mètres carrés pour 2 personnes, même bien conçue, le bilan par personne deviendra médiocre.

Cela veut dire qu’on ne peut pas considérer les éléments énergétiques indépendamment.

Il y a eu une période, il y a 5 ans, où l’unité de mesure était la maison, puis on a pensé en termes de groupes de maisons, et finalement on se pose la question de l’ensemble de l’agglomération. De plus en plus, la vision des ensembles énergétiques est globale.

C’est manifeste à Douai, où l’on a la volonté de construire le plus grand éco-quartier du Nord de la France, au-dessus de Paris.

Mais ce sont des projets de longue haleine ! Un éco-quartier seul, c’est 15 ou 20 ans de travail.

4) La révolution énergétique, cela vous évoque quoi ?

J’aurais une double réponse. On pense à la Troisième Révolution Industrielle. C’est le concept de Jeremy Rifkin qui se traduit dans le Nord Pas-de-Calais par la volonté de se rendre autonome en énergie d’ici 2050, largement grâce aux EnR.

Deuxième élément de réponse : le facteur quatre. Diviser nos consommations par quatre d’ici 2050 est un enjeu majeur, car selon les estimations, un européen moyen émet 13 et 15 tonnes de CO2 par personne et par an.

L’Europe et la France en ont pris conscience, mais mettre en œuvre le facteur 4, ce sera la vraie révolution. C’est un effort de chacun. En ce qui me concerne, j’ai fait le calcul : en venant au travail à vélo, mon bilan CO2 par rapport au déplacement moyen d’un français en voiture (source ADEME, domicile-travail) , c’est une tonne d’émissions évitée.