Daniel Fruchart est un scientifique accompli dans le domaine de l’hydrogène et des hydrures métalliques. Il travaille depuis 30 ans au CNRS et a assumé de nombreuses autres responsabilités en tant que professeur, organisateur de conférences etc. Il est titulaire de deux maîtrises et d’un doctorat. Daniel Fruchart est également l’auteur d’une douzaine de brevets dont 5 sont liés à l’utilisation des hydrures de magnésium pour le stockage de l’hydrogène. Il est également conseiller scientifique pour McPhy Energy. Quelles sont les particularités de l’hydrogène ? L’hydrogène est très intéressant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, d’un point de vue massique, l’intérêt est immense dans la mesure où il est 3 fois plus énergétique que la plupart des fluides. Ensuite, il est extrêmement abondant, pas nécessairement à l’état natif mais sous forme d’eau. Il suffit de le séparer par électrolyse pour en disposer en large quantité. C’est également un gaz très libre, très léger, ce qui est plutôt une contrainte d’un point de vue volumique, par comparaison au pétrole par exemple. L’hydrogène est très utilisé sur le plan industriel et le marché est énorme.  En plus d’être très énergétique et abondant, il faut garder à l’esprit sa qualité première : sa combustion est parfaitement propre. Enfin, son rendement finit de convaincre. Si l’énergie mécanique avec le pétrole a un rendement autour de 30%, on annonce un rendement entre 50 et 60 % avec la pile à combustible à hydrogène. A court, moyen ou long terme, à quelles innovations va-t-on assister en matière de stockage énergétique ? La difficulté posée par les énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, etc.) vient de leur production intermittente. Cela pose des problèmes de régulations locales, ou à l’échelle d’un pays. L’Allemagne est un bon exemple, n’arrivant plus à contrôler, mathématiquement, les multiples petites sources imprévisibles. Le pays a dû se faire aider par des turbines à gaz. Le stockage énergétique, dont il est souvent question dans la presse en ce moment, est une solution à l’intermittence et l’hydrogène se prête particulièrement bien aux énergies renouvelables. La pile à combustible est aussi une innovation en laquelle on peut avoir confiance. Elle n’est cependant pas ma favorite. En effet, cette méthode nécessite l’utilisation de platinoïdes et on sait qu’il n’y aura pas suffisamment de platine pour le milliard de voitures sur la Terre. Les technologies de stockage du gaz comprimé dans les sols, des caves parfaitement étanches s’avèrent être une autre innovation prometteuse. On peut d’ailleurs utiliser ce même gaz comprimé pour faire fonctionner nos véhicules. Nous devons indéniablement effectuer une transition vers l’après hydrocarbures, dont les réserves s’amenuisent rapidement (hors gaz de schistes, pour lesquels il est encore difficile de faire des estimations précises). D’ailleurs, le nucléaire pourrait également être une option, puisque nous savons que nous disposons de réserves pour les 5000 prochaines années, a minima. Cela nous offre une bonne stabilité dans le temps et nous permet d’envisager de travailler sur des procédés toujours plus propres et plus sûrs. Smart grids et hydrogène : quels sont les bénéfices? Ma vision, c’est que la production massive d’énergies renouvelables va devoir pallier aux autres modes de production, pour faire face à la raréfaction des ressources, mais aussi pour nous permettre une transition vers une énergie moins carbonée. Cependant ces énergies propres représentent une réelle difficulté à l’échelle d’un très grand réseau, qui plus est, interconnecté. Si au Maroc, par exemple, les cités sont moins un peu moins grandes, la production locale s’en trouve facilitée, devenant plus appropriée pourvu qu’il y ait des possibilités de stockage. La forte densité des cités françaises rend la tâche bien plus ardue. De plus, les difficultés logistiques et de coût semblent aujourd’hui trop lourdes pour envisager des unités de stockage au niveau du logement individuel (sauf bien sûr dans le cas d’un habitat anormalement isolé et pour lequel tirer des kilomètres de câbles signifierait des coûts prohibitifs et une grande part de pertes). Mais à l’échelle d’agglomérations de 10 000 habitants, interconnectées les unes avec les autres, l’hydrogène s’avérerait très intéressant. On se rapprocherait d’un schéma idéal de production, distribution et consommation locale. Il ne faut pas oublier que toute installation de matériel implique un besoin de personnel (technicien et ingénieur) pour assurer le fonctionnement et la maintenance. Et assurer une telle prestation de service sur un parc de plus de 30 millions de logements est aujourd’hui difficile à envisager. En tout état de cause, l’utilisation de technologie de stockage énergétique grâce à l’hydrogène en plus de réseaux intelligents aura pour résultat une certaine forme d’indépendance à l’échelle de quartiers, de cités ou même peut-être de régions. Peut-on parler de Révolutions Énergétiques ? Je crois que oui. Je suis très optimiste au sujet de l’énergie. Le stockage de l’eau est le stockage le plus intéressant aujourd’hui.  Mais le stockage solide de l’hydrogène offre lui aussi les perspectives d’une belle révolution. Il permet de se concentrer sur une forme de stockage où l’objectif est le Gigawatt ! Rien d’inespéré, c’est au contraire une claire possibilité, via l’hydrure métallique. Les innovations récentes et à venir du monde de l’énergie sont nombreuses et très positives. Il y a de quoi être optimiste.