8 milliards (en 2005) et peut être 60 milliards de tonnes en 2050, ce sont les chiffres annoncés par la feuille de route de l’Agence Internationale de l’Énergie, la « Blue Map », en matière d’émission mondiale de CO2. Pour éviter un tel scénario, l’effort de la transition énergétique tiendrait en premier lieu à la performance énergétique. Un effort auquel peut être associé le consommateur … mais pas sans cadre ni sans ses pairs.

« Eco-gestes », bien mais encore

Pour les pays développés, transport et bâtiment sont majoritairement les premiers émetteurs de CO2. En France, par exemple, c’est 130 millions de tonnes pour l’un, et 90 millions pour l’autre. Ils touchent ainsi directement l’effort d’efficacité énergétique que peut faire le consommateur lambda en termes d’usage ordinaire de l’énergie via des « eco-gestes » allant de l’isolation de sa maison, au chauffage, au lavage, à l’éclairage en passant par l’usage de mobilités alternatives (intermodalité, transports en commun, co-voiturege etc). Mais trop directement lié au libre arbitre individuel, cet « eco-citoyen » (ou « Homo Energeticus » en herbe) voit difficilement le jour et ne permet pas à lui tout seul d’engager une réelle transformation.

Pour ce faire, un triptyque en matière de politiques publiques semble faire recette :  il s’articule entre solutions punitives, incitatives et techniques pour une consommation plus vertueuse. L’objectif ? Obtenir des résultats significatifs pour tomber à 14 milliards de tonnes d’émission de C02 d’ici 2050 (chiffre de la « Blue Map »).

L’institutionnalisation de l’éco-citoyenneté

Des solutions punitives

Il s’agit ici d’orienter les comportements en donnant un cadre : par exemple, limiter l’usage de la voiture avec la fin de la gratuité des parkings. C’est le scénario étudié par des chercheurs de l’Université d’État de Virginie, l’Institut Virginia Tech pour les quartiers de Washington, DC. Pourquoi ? Selon ces chercheurs, la gratuité annihilerait les solutions de mobilité alternatives tel que le vélo.

Ces solutions ont cependant leurs limites. En France le débat sur la taxe carbone a montré des enjeux derrières plus complexes : coûts d’une fiscalité environnementale, compétitivité des entreprises avec le dispositif des ETS (pour « Emission Trading System) », etc.

Des solutions incitatives à contrario

C’est l’exemple de « l’Energiewende » allemande avec notamment l’effort fiscale pour l’isolation des maisons. Une solution qui permet de lancer un marché et d’accélérer l’usage (en masse) de technologies innovantes. Dans le même ordre d’idée on retrouve le récent cas de l’entreprise Tesla qui – avec sa politique de prix sur le photovoltaïque du secteur résidentiel – a ouvert l’achat de panneaux solaires à la classe moyenne. La maîtrise des effets reste cependant encore à confirmer.

Des solutions collectives avec la sobriété énergétique

Enfin, d’usage quand il s’agit de télétravail par exemple, dimensionnelle lorsqu’il convient d’évaluer ses besoins réels, ou encore coopérative pour les modèles calqués sur la share economy ; la sobriété  énergétique est aujourd’hui une solution directement intégrée dans les produits et services. Ce troisième levier de la transition énergétique permet ainsi d’optimiser réellement les efforts collectifs puisqu’il se fait dès la conception de l’habitat, des équipements, des automobiles, etc.

A ce titre, on pourrait penser au programme de la chercheuse Alexandra Delanoë (Telecom ParisTech). Elle souhaite fidéliser l’utilisateur à la « décroissance énergétique » – l’autre nom donné à la sobriété énergétique. Objectif ? Arriver à l’autorégulation pour tous par les smart meters (pour « compteurs communicants »).

La chercheuse avance que la mobilisation des usagers va de pair avec l’ergonomie des interfaces utilisateurs et l’accès direct et simple des données. Selon Alexandra, il s’agit d’aller ainsi vers une « socialisation » des données afin de renseigner des groupes d’usagers de leur performances énergétiques.

Et c’est certainement là que se trouve la clef pour le consom’acteur de demain : entre sobriété et gestion des données par un système de pair-à-pair.

Ce qui serait un moyen de pousser les actions individuelles – à l’image de ce qu’avance Denis Laforgue, auteur de « Etre ou ne pas être éco-citoyen : une question d’institutions ? », sur les usages éco-citoyens de l’énergie qui ne doivent pas seulement être – selon lui – des « actes instituants de l’institution éco-citoyenne, mais aussi des actes instituants de l’individualité de chacun ».