Avec l’arrivée du petit Noé, notre smart flat des Champs-Elysées Eco-Quartier nous a tout-à-coup semblé bien étroit, à Léna et moi. Ce n’est pas sans pincement que nous avons décidé de quitter la belle avenue pour adopter un mode de vie plus calme, et rejoindre le tiers de l’humanité qui vit déconnecté du grid. Mais pour aller où ? Voilà quelques années, je m’étais rendu aux Philippines pour un voyage très marquant sur l’île de Palawan. C’est tentant…

« Partir au bout du monde ? Désolé Mathis, c’est non ! » me dit Léna. Au moins c’est clair. L’autre option, c’est d’emménager dans une ville RévEner. Vous savez ? Ces villes du sud de la France qui, après la loi de 2041, ont pris le parti de reposer uniquement sur les ressources locales pour leur approvisionnement énergétique. Un défi facile à relever pour ces villes exposées au soleil une bonne partie de l’année qui ont depuis longtemps atteint leur parité réseau, maintenant qu’une cellule photovoltaïque vaut le prix d’un transistor d’ordinateur personnel et les batteries de stockage celui d’une bombonne de gaz.

Trois jours plus tard, un Energy Manager nous fait visiter une maison très coquète à Manosque. « Comme vous le voyez, la maison a été remise à neuf récemment. Les panneaux photovoltaïques modulaires sont incorporés aux fenêtres et aux tuiles, c’est d’usine. On ne se pose même plus la question, c’est si bon marché… » Je demande où est le compteur. « Dans votre smart watch ! » me répond-t-il. « Sur simple commande vocale, vous affichez toutes les données de production et consommation en temps réel. C’est le nec plus ultra du smart metering. Tenez : les batteries de stockage sont quasi pleines. » Dans un sourire en coin, il ajoute : « Madame peut recharger sa jolie voiture ! »

Liberté énergétique

Ça y est, le bail est signé. Avec Léna à mes côtés, nous contemplons par la fenêtre les hauts tournesols photovoltaïques qui agrémentent les pâturages. Tout comme leur contrepartie florale, cette prouesse technologique pullule dans nos belles campagnes. Les HCPVT, comme on les appelle, ont l’avantage à la fois de transformer les rayons solaires en électricité et de chauffer l’eau. L’eau chaude peut servir pour la consommation et le chauffage, mais si on a besoin d’eau froide, la chaleur de l’eau peut être convertie en énergie supplémentaire. Bien sûr, comme un vrai tournesol, le HCPVT se tourne en fonction du mouvement du soleil pour maximiser la production tout au long de la journée. Au temps des révolutions énergétiques, rien ne se perd…

Quelqu’un toque à la porte. Ce sont les voisins qui se sont rassemblés pour nous accueillir. Comme le veut la coutume, pour la première semaine, le temps que les batteries se rechargent, chacun apporte une source énergétique à connecter au réseau interne du nouvel arrivant. Au menu : micro-algues, éthanol produit par hélioculture, batterie rechargée par piézoélectricité (le voisin en question a 5 enfants, 3 chiens et 14 robots, autant dire que l’énergie cinétique est au rendez-vous)…

Quitter le réseau électrique en 2050, on le voit, ce n’est pas quitter la vie en société, bien au contraire. Ce n’est pas non plus quitter la vie économique. Grâce à un regard visionnaire et au goût de l’innovation, nos grands fournisseurs d’énergie ont su se renouveler pour accompagner cette (r)évolution. On peut s’en réjouir !