Durant 5 semaines, les jeunes innovateurs – dits « makers » – du POC 21 se sont réunis au Château de Millemont, à l’ouest de Paris, pour travailler ensemble à une société décarbonnée et plus intelligente dans la valorisation de ses déchets. Les 19 et 20 septembre, dans les jardins du château, s’est tenue l’exposition finale où étaient présentées les inventions des participants. Leur conviction : le partage des savoirs en open source, combiné aux outils de fabrication numérique, donnent l’opportunité de réinventer notre système de production et de consommation. Nous avons voulu aller voir cela de plus près.

« Vous ne pouvez pas vous garer là ! » lance un responsable de l’équipe de POC 21 (qui signifie Proof Of Concept ou en français Démonstration de Faisabilité) alors que nous nous apprêtons à passer les grilles du château. Nous aurions dû y penser : venir à un rassemblement d’éco-hackers à en voiture à essence nous a paru subitement tout à fait anachronique. Un léger détour au parking plus tard, nous retournons au portail, à pied cette fois, pour accéder aux jardins où était disposée l’impressionnante structure en forme de dôme hébergeant l’exposition. Autour, des éoliennes et panneaux solaires montés à la main, qui comme nous allions l’apprendre n’étaient pas là pour la décoration mais pour alimenter la salle d’exposition en énergie propre.

Passé l’entrée nous nous retrouvons nez-à-nez avec une première invention singulière : le Bicitractor. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un croisement entre un tracteur… et une bicyclette. Disons-le d’emblée, il ne s’agit pas d’un retour au Moyen-Âge : le Bicitractor est équipé d’une assistance électrique, et peut être configuré pour désherber, semer, récolter, bref, couvrir tous les besoins des petites et moyennes exploitations agricoles. Sur une table sont disposés les outils et composants nécessaires à la fabrication du Bicitractor : on est frappé par la simplicité du dispositif. Assemblé en une semaine pour un coût de 1000€, facile à entretenir, c’est une alternative révolutionnaire aux tracteurs à essence, polluants et onéreux.

Le Bicitractor

A quelques mètres de là, d’autres innovations plus ingénieuses les unes que les autres se succèdent. Ownfood, la serre urbaine, permet la culture de légumes en ville sur une petite surface. AKER, un kit pour l’agriculture urbaine, « facilite la tâche des citadins qui souhaitent remettre du vert dans leurs villes, où toitures, murs et balcons redeviendraient des écosystèmes vivants. » Showerloop, notre coup de cœur, est un système de douche qui filtre l’eau usée en temps réel tout en en conservant la chaleur. Pour son inventeur, un ingénieur et designer finlandais, Showerloop serait particulièrement adaptée aux camps de réfugiés, qui sont dénués d’infrastructure et où l’eau propre est une commodité rare et précieuse.

 AKER

Open Energy Monitor

L’efficacité énergétique active n’est pas en reste. L’Open Energy Monitor, certainement la plus high-tech des innovations présentées, est la première solution de monitoring énergétique open source. Analysant la consommation énergétique et la production d’énergie renouvelable domestique, l’OEM ouvre la porte à un usage responsable de l’énergie par les particuliers. Les données s’affichent en temps réel sur une tablette ou un smartphone, et l’utilisateur peut en déduire des pistes d’action pour améliorer leurs usages énergétiques. Les données personnelles, stockées localement, sont protégées.

Open Energy Monitor

Alors les « makers » vont-ils changer le monde ? Les prototypes présentés interpellent, c’est certain. Il n’en demeure pas moins une question : quel sera le modèle économique de ces inventions ? La vision de POC 21 est réaliste : pour que ces innovations aient un impact, elles doivent être rentables, ou du moins atteindre un équilibre financier. Dès lors, étant donnés les coûts de fabrication dérisoires, il y a fort à parier que ce sont les services associés (assemblage à domicile, entretien, conseil) qui permettront leur diffusion.