16 septembre 2036. C’est un grand jour pour le Japon. Dans quelques minutes, c’est moi, Haruto K., qui donnerai l’ordre d’allumage de SolarSat 1, le premier satellite géostationnaire capteur d’énergie solaire. Grâce à lui Tokyo, Osaka, Nagasaki et bien d’autres villes pourront continuer de briller jour et nuit, par ciel bleu ou ciel gris. SolarSat 1 gravite à 36 000 km au-dessus de la Terre ; ses miroirs suivent l’orientation du soleil. Ils transforment les rayons solaires en rayons laser pour alimenter nos panneaux solaires et recharger nos batteries, sans intermittence. Mais voilà qu’au dehors de la salle de contrôle, j’entends l’excitation monter chez les autres scientifiques. Le compte à rebours touche à sa fin : 5. 4. 3. 2. 1…

Sur l’écran de contrôle 3D, l’empereur en personne me fait signe d’y aller. Fébrile, j’entre la commande dans l’ordinateur : 人工衛星を打ち上げ 1. La première seconde, rien ne se passe. L’angoisse me paralyse. Et puis, dans toute leur majesté, les miroirs commencent à se mouvoir et à s’orienter face à la lumière du soleil. Explosion de joie dans la salle de contrôle. Dans leur excitation, deux collègues m’agrippent par le cou et les épaules. Quant à moi, je reste impassible, car je sais que le meilleur reste à venir. Dans quelques instants, l’excitation fera place à l’émerveillement.

Lumière perpétuelle

Un à un, les lasers géants venus du ciel traversent comme des lames l’épais nimbostratus qui recouvre aujourd’hui le ciel. Chacun de ces lasers se reflète sur sa propre île solaire, des îles artificielles construites au large des côtes pour faire office de relais tout autour du Japon. Sur toutes les plages, on assiste au spectacle avec la même stupéfaction.

« Haruto, Haruto ! Me hèle un journaliste. Expliquez à nos stream-auditeurs : comment fonctionnent les relais ?

– Les îles sont recouvertes de panneaux photovoltaïques à boîtes quantiques, une nanotechnologie aussi facile à fabriquer et peu coûteuse que les transistors utilisés en informatique, qui permet un taux de rendement des cellules solaires proche de 100%. L’énergie est ensuite réinjectée dans le smart grid, qui oriente automatiquement la production vers les centres de consommation ou vers les batteries de stockage en fonction des besoins. »

Un autre journaliste prend la parole, un certain Mathis L. Français je crois. « Qu’est-ce cela va changer pour le Japon ?

– Nous entrons dans une ère nouvelle, l’ère de la lumière perpétuelle. A partir de ce soir, l’aube et le crépuscule ne seront plus que des réalités du passé. Grâce à SolarSat 1, le soleil continuera de nous éclairer même la nuit. Une nouvelle révolution énergétique vient d’avoir lieu, mais ce n’est qu’un début. Bientôt nous lancerons SolarSat 2 et 3, et les autres pays ne tarderont pas à nous rejoindre dans la conquête de leur indépendance énergétique.

– Mais… poursuit Mathis, tout sourire. Il y a quand même un inconvénient à tout cela…

– Lequel ?

– Il faudra trouver un nouveau surnom au « Pays du Soleil Levant ! »

 

1. « Lancement du satellite artificiel »