Quand toutes les énergies du monde se rencontrent à Paris

Quand toutes les énergies du monde se rencontrent à Paris

En deux semaines d’effervescence, la 21ème Conférence pour le Climat (ou COP21) a tiré l’attention du monde entier sur Paris. Célébré par les membres comme un succès historique, l’accord passé entre les États a généré plusieurs dizaines de milliers d’articles dans la presse internationale. Pourtant au lendemain des festivités, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer un bilan trop peu ambitieux.

En marge de l’événement, initiatives locales ou privées ravivent l’enthousiasme des commentateurs. Ces derniers mois, de la côte ouest des États-Unis émergent les projets d’entrepreneurs qui agitent le débat comme jamais auparavant.

Grandes innovations des géants

Avec une seule idée en tête, les géants des technologies ont investi massivement dans les énergies vertes et la promotion d’un changement de paradigme. Seul le progrès technique permettra de faire face au changement climatique. Et ces derniers temps les exemples ne manquent pas, du rachat de Nest, l’entreprise fondée par Tony Fadell par l’immense Google de Larry Page et Sergei Brin, à la Breakthrough energy coalition, une réunion des plus grandes richesses autour de Bill Gates.

Le but de ces initiatives est de créer de nouveaux systèmes de production d’énergie mais aussi de mieux gérer ceux déjà en place de façon plus efficace. En somme, combiner hardware et big data pour produire différemment, plus proprement.

Pour Elon Musk, fondateur de Tesla, le stockage de l’énergie doit permettre une gestion plus économique de la production. Dans une présentation parfaitement orchestrée, il confiait à son audience :

 

« Si vous disposez de larges batteries fixes pour le stockage de l’énergie, vous pouvez effectivement arrêter la plus mauvaise moitié des centrales à travers le monde. »

 

Faddel, inventeur du concept de “Thoughtful home”, cherche quant à lui à lisser notre consommation grâce à un matériel plus indiqué. Des thermostat communicants contrebalancent les pics de demande pour ne pas avoir à brûler du fossile en urgence. Et bien sûr, cela se traduit également par une facture moindre pour les particuliers.

Comme un prolongement de son activité de philanthrope, Bill Gates promet lui de débourser personnellement 2 milliard de dollars pour le développement des énergies vertes. A l’occasion de l’ouverture des conférences à Paris, le cofondateur de Microsoft a présenté deux initiatives pour favoriser la R&D et les entreprises dans le secteur des énergies propres.

Un porte-voix à la hauteur des enjeux

Récemment converti, l’ex-gouverneur de Californie a troqué son tank personnel le temps d’une courte visite à Paris pour donner un nouveau tour à son rôle de héros en se faisant évangélisateur. Conscient des enjeux, Arnold Schwarzenegger prête main forte à la communauté scientifique, qui n’a pas complètement réussi à véhiculer son message. Les comportements n’ont pas tellement évolué et le CO2 reste un problème réel. Il en appel donc à notre instinct de préservation, en jouant sur les échelles de grandeur :

 

« Il y a deux portes. Derrière la première porte se trouve une chambre hermétiquement close, avec une voiture ordinaire à essence. Derrière la seconde porte se trouve une chambre identique à la première, avec une voiture électrique. Les deux moteurs tournent à plein régime.

 

Je veux que vous choisissiez une porte, que vous entriez et que vous fermiez derrière vous. »

 

Maïeutique imparable, mais cela suffira-t-il à élever les consciences ?

Pourtant on voudrait lui faire confiance, puisqu’au niveau local la Californie se veut exemplaire : baisse des émissions et développement rapide de l’industrie verte en attestent.

Quelques semaines après le rassemblement de toutes les bonnes énergies à Paris, il se pourrait bien que les solutions échappent à une approche trop verticale. Le micro et l’entreprise individuelle contribuent au moins autant que le macro et les chefs d’État dans un débat devenu mondial.

« Connais-toi toi-même » ornait les murs du sanctuaire de Delphes. Nos marchands de futurs préférés parviendront-ils à nous aider dans cette introspection ?

#Velmenni, la startup qui donne un coup de vieux au Wi-fi

#Velmenni, la startup qui donne un coup de vieux au Wi-fi

On vous avez présenté le Li-fi (pour Light Fidelity), cette technologie de transmission de données fondée sur l’usage du spectre lumineux. Hier encore au stade expérimental, elle vient tout récemment de sortir des laboratoires pour conquérir le monde moléculaire grâce à la start-up Velmenni.

Le Li-Fi: du prototype au test commercial

Finaliste de la conférence Tech montante, Slush 100 à Helsinski, la startup Velmenni a annoncé être en train de tester à des fins commerciales un pilote pouvant envoyer de la data à un débit de 1 Gbit par seconde, soit 100 fois plus rapide que le débit moyen du Wi-fi actuel. Et c’est dans ses bureaux que le test grandeur nature est réalisé. Dispositif propre, sûre et sans risque pour la santé, le Li-Fi s’appuie sur les diodes électroluminescentes (LED), sources de lumière capables de commuter très rapidement et de retranscrire les suites binaires en un langage interprétable pour nos artefacts numériques. Très vite, il est apparu comme une solution attractive, notamment pour les marques et les collectivités. Ainsi la ville de Meyrargues (Bouches-du-Rhône) est la première ville pilote en France à installer un réseau d’éclairages publics à Leds, dit « smart light » (pour éclairage intelligent), afin de développer dès 2016 un réseau de transmission de données locales via le Li-Fi avec la société Smart Lighting Alliance (SLA).

Le Li-fi: retour éclair sur sa genèse

C’est en 2001 qu’Harald Haas, professeur de communication mobile à l’université d’Edimbourg, proposait le terme de Li-Fi pour parler de cette technologie de transmission de donnée par la lumière. Lors de sa conférence Ted de 2011, il faisait ainsi déjà le rêve qu’avec les 14 milliards d’ampoules LED dans le monde, on arriverait à 14 milliard de réseau Li-Fi.

Aujourd’hui, à l’occasion de sa récente conférence Ted de 2015, Harald Haas ne s’arrête pas là et imagine la suite: un monde de l’énergie à l’heure de la « Troisième révolution industrielle » où tous les panneaux solaires seraient transformés en des récepteurs Li-Fi.

Quoiqu’il en soit le Li-Fi serait une opportunité pour la transition énergétique de nos villes et l’optimisation de nos environnements domestiques. Fabien Ruiz, Responsable du Pôle Innovation chez EDF Optimal Solutions, souligne ainsi qu’en étant un nouvel outil de « dialogue géolocalisé », il complète les ambitions des compteurs intelligents, à savoir mieux informer les habitants et économiser de l’énergie grâce aux ampoules dernière génération.

Après les récentes avancées de la startup francilienne pionnière sur le Li-Fi, Velmenni rend le mythe d’une ère « post-wifi » encore plus proche.

Pour en savoir plus, c’est ICI avec GentSide.

Transition énergétique Interview de Vaclav Smil

Transition énergétique Interview de Vaclav Smil

Vaclav Smil est un chercheur interdisciplinaire canadien d’origine tchèque. Ses recherches portent sur l’énergie, les changements environnementaux et démographiques, la production alimentaire, l’innovation technologique et les politiques publiques. Le Professeur Smil est l’auteur de 35 livres et plus de 400 articles sur ces sujets, et s’est exprimé dans près de 400 conférences dans le monde entier. En 2010, il était cité par la prestigieuse revue Foreign Policy comme l’un des 100 penseurs les plus influents, et Bill Gates le considère comme son auteur favori.

Son dernier ouvrage, Densité énergétique – Une Clé pour comprendre les sources et usages d’énergie, vient de paraître en mai 2015 aux éditions The MIT Press.

Pourquoi considérez-vous la densité énergétique comme cruciale pour comprendre les problématiques énergétiques ?

Avant la première révolution industrielle, l’économie reposait sur deux variables : la terre et le travail. Avec les révolutions technologiques, l’énergie, principalement fossile, a fait son entrée. Soudainement, la terre perdait de son importance : avec quelques puits de pétrole situé en Arabie Saoudite, et donc aucune place perdue en Europe, on a pu faire fonctionner toute une économie.

Aujourd’hui, si l’on veut transiter vers des sources d’énergies propres, par exemple les biocarburants, on obtiendra moins d’énergie par mètre carré, et il faudra donc allouer davantage d’espace pour le même volume énergétique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les éoliennes anglaises ont une densité énergétique d’1 Watts/m², les fermes solaires allemandes 5 Watts/m², les biocarburants 0,5 Watts/m². En comparaison, une centrale électrique conventionnelle a une densité énergétique de 1 000 Watts/m².

Tout comme pour la nourriture aujourd’hui, il faudra allouer d’immenses espaces en dehors des villes pour produire la quantité d’énergie dont nous avons besoin dans les zones urbaines.

Le changement est possible, mais ne se fera pas du jour au lendemain.

Innovations énergétiques – Frédéric Weiland

Innovations énergétiques – Frédéric Weiland

Frédéric Weiland fait l’état des lieux de l’innovation dans le secteur de l’énergie. Il nous fait part de ses réflexions quant à son avenir, dans le contexte du débat parlementaire sur la transition énergétique.

Quel sens donnez-vous à l’action de NetSeenergy, aujourd’hui et pour les années à venir ?

NetSeenergy est un acteur pionnier de la digitalisation de l’énergie. Notre action, au jour le jour, c’est d’aider nos clients à réaliser et pérenniser des économies d’énergie. Pour cela, nous voulons rendre l’énergie plus intelligible, car elle reste encore théorique et difficile d’accès pour le profane. Un kWh, cela ne parle pas en tant que tel. Il faut développer un discours orienté sur le métier du client et l’utilisation qu’il fait de cette énergie. Par exemple, pour une maison de retraite, les kWh ou les m3 d’eau seront ramenés au nombre de lits gérés car c’est ça l’unité de mesure et de benchmark de son activité, puis convertis en euros par lit : cela donne une représentation de l’information beaucoup plus évidente et plus connectée à ses réalités.
Par ailleurs, nous sommes un acteur de la transformation des services énergétiques. Notre but : faire en sorte que les différentes ressources énergétiques (grids traditionnels, Maîtrise de la dépense énergétique ou MDE, flexibilités, EnR, stockage, etc.) ne soient plus envisagées en silo, mais soient traitées en interaction pour être arbitrées en quasi temps réel en fonction de leur disponibilité et de leur intérêt économique. Aujourd’hui, on commence à coupler effacement avec MDE (dans le cadre du projet Smart Electric Lyon notamment), MDE avec énergie solaire… Cela implique de trouver les modèles techniques, et les futurs modèles d’affaires !

Bordeaux & Songdo : Visages de deux Smart Cities

Bordeaux & Songdo : Visages de deux Smart Cities

Une cité n’a d’âme que celle qu’on lui prête. Les institutions lui donnent un corps légal, les hommes la transforment parfois en déesse et lui font offrande: cadenas du pont des arts, ou pièces de la fontaine de Trevi. Mais une ville peut-elle constituer une entité tangible ? Avec des voies radicalement différentes, deux projets urbains tendent vers ce même idéal :

Celle de la création ex-nihilo, avec le colossal projet du district d’affaires de Songdo en Corée du Sud, fruit d’une joint-venture de 35 milliards de dollars entre les spécialistes de l’immobilier américains de Gale International et les magnats coréens de l’acier de Posco.

Celle de la transformation ensuite, avec l’exemple de la ville de Bordeaux. Des acteurs publics et privés s’y organisent autour de plusieurs chantiers et d’un riche tissu de PME faisant la part belle aux technologies digitales et vertes.

Songdo Business District : Une âme smart dans un corps sans mesure

Comme les hommes, les cités ont elles aussi leur cycle de vie; Songdo se distingue par un mode innovant de traitement des déchets. Pas de camions, les détritus sont aspirés par tuyaux : triés, désodorisés, recyclés et finalement convertis en énergie pour une partie d’entre eux. Les eaux usées sont filtrées dans les canalisations ; l’eau potable est conservée, le reliquat dépollué localement.

Après le ventre, les neurones : la ville est peuplée de capteurs et réseaux sans fil. Chauffage et climatisation sont gérés en fonction du climat, transports selon l’affluence. L’éclairage se fait grâce à des LED contrôlées à distance. Un réseau de vidéo conférence global, “TelePresence”, permettra d’après Wim Elfrink de Cisco Systems “de parler à son voisin, réserver une table au restaurant ou encore d’étudier à l’école internationale de Songdo.”

Pour Stan Gale, CEO de Gale International, elle est “une plateforme commerciale et résidentielle dans un environnement agréable et chaleureux, permettant de se projeter vers la Chine”.

L’hypothèse universitaire est aussi envisagée avec le développement de quatre facultés dont l’Université de Stony Brook, New York. Finalement, l’occupation de Songdo reste aujourd’hui essentiellement le fait de particuliers, qui octroient au géant son premier souffle vital.

Bordeaux, quand la belle endormie rêve aux énergies propres

La capitale de Gironde est une cité de charme et d’histoire, elle conjugue pourtant son patrimoine avec un vibrant potentiel smart. Trois signes de cette mue :

  • Une nouvelle cité municipale à énergie positive, entre la ville historique et le quartier moderne du Mériadec. Paul Andreu, l’architecte du projet, parle “d’établir une soudure”, tout en “laissant vivant le Bordeaux que l’on connaît”. Un bâtiment qui récupère à la fois les énergies de l’air, de l’eau, du soleil et du sol.
  • L’Aquitaine, première région du photovoltaïque en France : les 7000 places de parking du parc des expositions de Bordeaux ont été récemment couvertes de panneaux, 78000 m² au total.
  • Plus impressionnant encore, le projet de centrales solaires de Cestas ambitionne une capacité totale installée de 300 MW, sans équivalent en Europe.

Du côté des start-ups bordelaises :

SUNNA propose des lampes solaires, couples panneaux/batteries, avec suivi digital du fonctionnement. Fruit du travail du Lauréat du prix MIT Review de l’entrepreneur solidaire, Thomas Samuel, leur utilisation possible en l’absence d’un réseau électrique fiable permet des applications dans les pays en développement. A Soweto et au Nigeria, les lampadaires Sunna permettent déjà à une nouvelle génération de sortir de chez eux à la tombée de la nuit ou de faire classe avant les grosses chaleurs de la journée.

HACE, Hydro Air Concept Expérimental, fondée par Jean Luc Stanek, mise sur la force de la houle. Leur appareil, vaste étoile de mer, fonctionnera en captant les oscillations des colonnes d’eau : la puissance des vagues comprime de l’air qui à son tour actionne un moteur. « Nous avons établi des contacts dans différents pays, en Afrique, à Madagascar et aux Seychelles notamment auprès de responsables d’îles-hôtels » indique Jean-Luc Stanek. Là encore, développer l’autonomie énergétique en exploitant des ressources renouvelables localement disponibles.

Laisser une ville vivante, en faire naître une seconde ; dans ce siècle qui se présente déjà comme celui des cités, les technologies digitales et les énergies renouvelables annoncent au moins l’éveil d’une conscience, la nôtre. Et peut-être un jour, si les pierres pensent réellement, les fontaines salueront-elles l’obole du passant ?

« Wattway » : quand les autoroutes deviennent (des centrales) solaires

« Wattway » : quand les autoroutes deviennent (des centrales) solaires

Après les autoroutes intelligentes propulsées par l’agence exécutif « Highway England », voici les autoroutes solaires. C’est une première mondiale française initiée par le Groupe Colas, la filière routière de Bouygues, sous le nom de « Wattway ». Ce récent lancement commercial doit permettre une commercialisation à compter de janvier. Elle mettra ainsi fin à 5 ans de recherche en partenariat avec l’INES (Institut national de l’énergie solaire). Une innovation que nous relate Les Echos.

Des autoroutes productrices d’énergie en toute sobriété

L’idée de ce projet « Wattway » est de faire un revêtement composé de cellules photovoltaïques capable de récupérer l’énergie produite par l’exposition au soleil de ces panneaux.

Ainsi Hervé Le Bouc, PDG de Colas, explique l’enjeu derrière

Si on recouvrait un quart des routes, on assurerait l’indépendance énergétique de la France. En dotant 2,5% des surfaces d’un tel revêtement solaire, on couvrirait déjà 10% des besoins. 

Et c’est un enjeu qui offre l’avantage de ne pas nécessiter la refonte des infrastructures. En effet, techniquement, ce sont des dalles photovoltaïques qui s’appliquent directement sur les routes et parkings. Par ailleurs, pour pouvoir supporter la circulation, elles sont recouvertes par un substrat de résines – respectant ainsi tous les critères essentiels des revêtements routiers (notamment en termes de sécurité).

Dans un premier temps, les prix seront fixés au même niveau que ceux des fermes solaires afin de constituer une alternative à ce mode de production d’électricité. Tout dépendra après des commandes. Enfin le déploiement se fera sur trois ou quatre ans:

Nous proposons dans un premier temps à des clients d’en équiper de petites surfaces : des parkings d’hypermarchés ou des tronçons de voies, par exemple sur une zone d’une centaine de m2, pour tester en conditions réelles le produit, souligne Hervé Le Bouc .

Alors, révolutionnaire ? Rupture technologique ?

Si la question du business model de la commercialisation de ces dalles venues tout droit des énergies du Futur reste encore à préciser, il n’en demeure pas moins qu’Hervé Le Bouc annonce déjà des données propices à de belles perspectives, à l’image de cette dernière équivalence:

1 km de route équipé de WattWay pourra alimenter l’éclairage public d’une ville de 5.000 habitants. 

Pour en savoir plus, c’est ICI dans Les Echos.