A quoi pourrait ressembler le paradis énergétique ? Impossible d’imaginer que Palawan, l’île la plus occidentale des Philippines, puisse en être éloignée. Au cours d’un fabuleux voyage en cet été 2043, j’ai pu découvrir tous les efforts que les insulaires ont mis en œuvre depuis leur promesse, 30 ans plus tôt, d’adopter un mix énergétique où seules les énergies renouvelables auraient leur place. Une promesse couronnée de succès, puisque l’île a aujourd’hui gagné son indépendance énergétique et a su préserver son patrimoine écologique. Découvrez avec moi ce laboratoire des révolutions énergétiques, au cœur de la jungle et des lagons aux eaux turquoise…

Le soleil était radieux ce matin-là. Depuis Manille, j’avais rejoint un petit groupe de touristes pour louer un Bangka, l’embarcation traditionnelle des Philippines, qui allait nous emmener sur l’île de Palawan. Une fois à bord, il faisait toujours aussi chaud mais l’air venteux de l’océan rendait le voyage agréable.  Le Bangka était équipé d’un propulseur magnétohydrodynamique, silencieux, mais véloce : la traversée n’allait pas durer plus de deux heures.

Au bout d’un moment, le capitaine décéléra. En d’autres temps, quand quelqu’un se serait exclamé « Terre ! », là nous avons entendu : « Eoliennes ! ». Une ferme offshore de milliers d’éoliennes gigantesques se dessinait à perte de vue, tournant à plein régime, comme une seule machine. Rien que d’imaginer la puissance électrique émise, cela donnait le vertige. Le guide nous expliqua que pendant la tempête, avec la force des intempéries, les turbines produisaient tellement d’énergie que Palawan devenait le poumon énergétique des Philippines. C’est dire le chemin parcouru depuis l’époque où l’île dépendait des énergies fossiles importées…

L’ « émeraude sur un lit de saphirs »

Au programme le lendemain, après un petit-déjeuner chauffé sur une cuisinière photovoltaïque : plongée sous-marine ! Au départ d’une crique, mon guide m’a emmené découvrir les profondeurs de la Baie de Coron où se mêlent les récifs coralliens foisonnants, les bancs de poissons bariolés nageant entre les hélices des hydroliennes, les bouées houlomotrices et leur balancier tranquille, sans oublier les navires de guerre japonais coulés il y a bientôt un siècle. Sous les saphirs de l’océan, l’histoire, la nature et la technique cohabitent.

Mais le clou du spectacle s’est offert à moi deux jours plus tard, au cours d’une excursion de nuit dans la jungle pour rejoindre la Ville Emeraude. La ville compte des milliards d’habitants mais pas un seul être humain : en effet, elle est constituée d’immenses tubes de verre phosphorescents construits entre les lianes et les arbres exotiques, qui tirent leur couleur vert citron des micro-algues s’agitant à l’intérieur. Le voilà, le carburant de l’île ! Aussi performant que le pétrole, et renouvelable à volonté. C’est d’ailleurs avec ce biocarburant que roulera le jeepney qui m’emmènera à l’aéroport, et l’avion qui me ramènera à Manille.

Palawan est une belle source d’inspiration. En une génération, ses habitants ont construit un modèle de révolution énergétique en harmonie avec la nature, fondé sur des ressources immédiatement disponibles en quantité infinie, le vent et l’eau de mer, sans pour autant bouleverser leurs usages. Mais leur plus beau succès restera, peut-être, d’avoir fait de l’énergie un genre poétique.