Imaginez une énergie verte produite et partagée par chaque utilisateur, en toute sécurité, sans intermédiaire, à l’échelle d’un bâtiment, d’un quartier ou d’une ville tout entière. C’est ce que propose la technologie blockchain dans le domaine de l’efficacité énergétique. Ce système de transmission, transaction et certification, que l’on prédit comme étant la prochaine révolution après Internet – rien que ça ! -, est apparu au lancement de la monnaie virtuelle Bitcoins. Il trouve aujourd’hui une réelle application dans l’économie verte, à condition qu’un cadre légal lui permette de s’implanter partout.

La blockchain, un jeu de construction pour une simplification des usages

Pour comprendre ce qu’est la blockchain, pensez aux blocs qui composent un jeu de construction. Chaque joueur – ou plutôt utilisateur de la blockchain – y ajoute une information, une transaction, symbolisées par un bloc.

La blockchain effectue une vérification automatisée de l’information ajoutée par chaque utilisateur. Chaque donnée est quant à elle inscrite de façon indélébile dans ce grand registre virtuel, ne permettant aucune fraude et aucune contestation.

Dans les faits, une blockchain est un réseau d’ordinateurs reliés entre eux, sans qu’aucun ne puisse prendre l’ascendant sur les autres. Chaque membre de la blockchain est tenu au courant et devient par conséquent témoin des changements dans les maillons de la chaîne. Dès lors, plus besoin d’une entité suprême. Chaque utilisateur bénéficie d’une clé d’accès privée et d’une identification publique mais totalement anonyme. Rien ne peut être effacé, ni même modifié.

Et c’est sur ce principe que le système repose : un réseau décentralisé, sans chef et sécurisé. De quoi donner des sueurs froides aux banques, assurances et autres plateformes servant d’intermédiaires. Mais elles s’y préparent déjà.

La blockchain au service de l’énergie

Pour l’énergie, le système fonctionne de la même façon. Prenons l’exemple d’un personnage A qui produit de l’électricité grâce à des panneaux solaires installés sur son toit. Au lieu d’en bénéficier seul, il s’inscrit dans une blockchain reliée à son réseau qui permet à ses voisins, B, C et D de lui acheter de l’énergie, ou de l’échanger quand ceux-ci installent à leur tour des panneaux solaires. En mutualisant l’offre et la consommation, de façon interconnectée, sans intermédiaire, les utilisateurs peuvent vendre localement leur production d’électricité ou bénéficier de celle des autres particuliers.

C’est sur ce principe qu’en 2016 a été créé dans un quartier de Brooklyn un micro-grid, soit une production électrique basée sur des panneaux solaires à l’échelle locale. TransActive Grid, un conglomérat de deux entreprises – l’une spécialisée dans l’énergie solaire, l’autre dans la technologie blockchain -, a mis au point ce système qui permet aux habitants d’être totalement autonomes en énergie propre, la blockchain gérant automatiquement la production et la consommation, évitant ainsi les pertes.

Smart contract, une utilité directe à la blockchain

Puisque le but de la blockchain est une automatisation des actes et des transactions, quoi de plus logique que de l’appliquer à l’exécution de contrats ? Et, par conséquent, aux contrats d’énergie ?

Les smart contracts sont des contrats automatisés par la blockchain. Mais attention, ils n’ont pas valeur de contrat au niveau juridique. Ici, il s’agit avant tout d’automatiser les actions rendues obligatoires par le contrat légal. Chaque terme et obligation y sont gravés comme dans du marbre et interagissent entre eux, ou plutôt l’un après l’autre.

Si vous connaissez l’application IFTTT, le principe est le même. Celle-ci permet à un utilisateur connecté d’effectuer une seule action, autrement dit if this then that (ceci entraîne cela), par exemple : publier une photographie sur tous ses réseaux sociaux en une seule action. S’il a défini en amont qu’une publication sur Facebook entraînerait une publication sur Instagram et un enregistrement sur son compte Dropbox, l’application le fera à sa place automatiquement et donc sans effort et sans perte de temps. Dans le smart contract par la blockchain, le processus est identique : puisque les termes du contrat prévoient telles conséquences suite à telles actions, elles seront automatisées.

Dans le domaine de l’efficacité énergétique, la blockchain permet ainsi l’exécution des termes du contrat, notamment l’approvisionnement et la consommation, tout comme l’automatisation des factures et des paiements. Elle garantit aussi l’archivage systématique et infalsifiable de toutes les informations et de toutes les transactions.

Le futur des bâtiments et des quartiers intelligents se situe inévitablement dans cette perspective d’automatisation sécurisée des actions au sein d’un réseau interdépendant. Mais se passer totalement d’intermédiaires n’est pas envisageable dans l’immédiat, tant il faudra encore des structures capables de mettre en place les installations, ainsi que la blockchain qui, quoi qu’on en dise, ne repose pas sur rien.