Défendre une vision, la sienne. Un exercice auquel Steve Jobs est depuis longtemps accoutumé. Pourtant, ce 7 juin 2011 devant le conseil de sa ville de Cupertino, le cofondateur d’Apple Computer parait fébrile. Face à la courtisanerie enjouée des édiles, l’homme, émacié par la maladie, garde tout son sérieux. L’instant est solennel; il expose sa dernière pièce à l’édification d’un empire.

Pour rassembler des milliers de salariés d’Apple, et réduire drastiquement la contribution de la compagnie au réchauffement climatique: un bâtiment, annoncé comme le plus écologique et ergonomique au monde, l’Apple Campus 2.

La révérence du maître Steve Jobs

« Nous avons travaillé avec de grands architectes, parmi les meilleurs du monde. Et nous avons produit un concept qui rassemble 12 000 personnes, en un seul bâtiment. Quand on y pense, c’est un peu étrange ! Mais on est allé voir ces parcs industriels, avec des bâtiments dans tous les sens, et ils deviennent vite assez ennuyeux. Nous aimerions faire mieux. […] Je pense sincèrement que les étudiants d’architecture viendront ici pour voir [le nouveau campus]. »

L’ultime œuvre du maître, une révérence à une entreprise et la vallée qui l’a vu naître.

Si ailleurs a toujours cours un modernisme prodigue, fait de monolithes dressés au milieu de cascades artificielles, l’Apple Campus 2 dessiné par Foster + Partners est lui à taille humaine, sur quatre étages. Un bâtiment semblable à un vaisseau spatial, envahisseur, mais soucieux de ménager son jardin !

Le bâtiment prend la forme d’une immense roue de verre; comme égarée dans une savane boisée où les arbres bientôt domineront. Ici, la lumière se prend là où elle est, la vie comme elle est apparue : 7 000 arbres d’espèces locales, mieux adaptées au climat, seront plantés. Le bitume qui prévalait sur les 176 acres du site, vaste parking, est éventré. De 80% de béton et d’asphalte pour 20% de verdure, on passe au ratio inverse, avec une irrigation naturelle. Le béton sera pour l’essentiel (95%) recyclé du site de construction lui-même.

Dans le domaine énergétique, rien n’est laissé au hasard. Pour la consommation : La ventilation sera naturelle 75% du temps, des lampes LED basse consommation seront utilisées partout. Pour la production aussi : des piles à combustible, alimentées en biogaz (ou en gaz naturel compensé par échange) et l’un des plus grands toits solaires au monde : 65 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques. L’idée, iconoclaste, est de se servir du réseau électrique comme alimentation de secours, mais de compter sur le local au quotidien.

La ville de Cupertino, terreau de la compagnie à la pomme, n’est elle-même pas en reste : la municipalité a mis en place un ambitieux projet d’action climatique visant à diminuer l’impact carbone de la ville. Repérer systématiquement les sources locales de gaz à effet de serre, étudier et comprendre leur variation dans le temps, pour pouvoir efficacement agir à leur diminution. Réaliser des bâtiments économes, des transports ergonomiques. L’énergie propre est aussi de la partie, avec des projets comme l’installation le mois dernier à travers la ville d’auvents à voitures recouverts de panneaux solaires, un premier pas vers les objectifs affichés.

Pour connaître l’état des travaux à date, découvrez la vidéo du survol du chantier de l’Apple Campus 2 par un drone !